Forum de discussion acéricole

Re:  alcool éthylique

La réponse à votre question est bien simple : non

Aucun alcool éthylique pure ne peut être légalement vendue sans que soient perçues les taxes et en dehors du réseau des succursales de la S.A.Q. au Québec.

Un alcool éthylique industrielle, dénaturée pour la rendre impropre à la consommation humaine et qui conserverait son pouvoir de désinfection est toutefois techniquement possible. Ce produit pourrait alors être vendu à un prix largement inférieur et en dehors du réseau de la S .A.Q. Cependant, en date d’aujourd’hui, il n’existe aucun produit commercial homologué pour cette application. Je sais que la Fédération de Producteurs acéricoles ont entrepris depuis plusieurs mois des démarches en ce sens et le responsable de ce dossier espère toujours pouvoir obtenir les autorisation pour rendre un tel produit disponible pour la prochaine saison d’entaillage. Il est cependant minuit mois ...cinq!!!

À titre d’information, je joins une note que je faisais parvenir aux répondants en acériculture en date 23 février 1999. Je vous signale que cette note n’a pas recueillie l’unanimité lors de sa parution. Il n’en demeure pas moins que cette note reflète encore mon opinion.

De : Gaston B. Allard ing., agr.
À : Conseillers en acériculture du MAPAQ
CC : M. Richard Cormier, Dir. Centre ACER
Date : mardi, 23 février, 1999

Sujet : Notes relatives à l’utilisation d’alcool éthylique comme substitut à la paraformaldéhyde en acériculture.

La présente note fait suite à de très nombreuses demandes d’information qui m’ont été adressées concernant le sujet mentionné en rubrique. Comme je présume que c’est également votre cas, vous trouverez ci-joint un texte que j’ai rédigé rapidement et qui me semble faire, en partie du moins, le point sur cette question et que je prends la liberté de vous communiquer.

Les chapitre 1,2 et 3 représentent ma lecture de la situation et ne sont donc pas pour publication. Les chapitre 4 et 5 sont toutefois techniquement exacts et peuvent, à mon avis, devenir des recommandations formelles.

J’espère que ces quelques notes sauront satisfaire votre demande d’information et je demeure à votre disposition pour toute information complémentaire.

Gaston B. Allard ing., agr.
1140, rue Taillon, local 206
Québec (Qc)
GIN 3T9
Tel. : (418) 643-8903
Fax. : (418) 643-8350
Cour. Élect. gastonallard@centreacer.qc.ca

 

Substitut à la paraformaldéhyde (PFD) comme mode de désinfection chimique de l’entaille.

1. La problématique.

La PFD a été introduite en acériculture au début des années 60 suite à des travaux de recherche (Cornell, USDA, Forest Service...) qui ont démontré son efficacité comme "  retardateur "  des mécanismes de cicatrisation des blessures d’entailles et par conséquent, son utilisation s’est rapidement généralisé puisqu’on lui reconnaît la capacité d’améliorer la productivité tout en facilitant la régie des équipement de collecte de l’eau d’érable.

Les produits commerciaux (Flomor et Morflow) ont été homologués au Canada et vendus jusqu’en 1990 (ref. communiqué d’Agriculture et Agro-alimentaire Canada, DVF-MP-1-93). Le MAPAQ en reconnaissait l’efficacité et en recommandait l’utilisation bien qu’on faisait état d’une possible augmentation des zones compartimentées résultant des blessures d’entaille (CPVQ, L’entaillage des érable, 1984, AGDEX 300/50, page 6).

En octobre 1992, l’homologation de ces produits était retirée pour des raisons techniques. (défaut de soumettre une demande de prolongation d’homologation dans les délais prévus). Ce n’est donc pas la découverte de dangers nouveaux associés à la manipulation des comprimés de PFD, ni à la consommation des produits acéricoles qui est à l’origine du retrait de l’homologation.

Depuis cette date, les acériculteurs sont à la recherche d’un produit de substitution qui pourrait leur procurer les mêmes avantages. Le principal avantage recherché réside dans la possibilité de débuter l’entaillage plusieurs semaines avant la date probable du début de la récolte. La taille des érablières modernes (jusqu’à 200 000 entailles!!!) explique facilement l’importance qu’ils accordent à l’utilisation d’un substitut valable.

La recherche réalisée depuis le retrait de la PFD n’a jamais réussi à développer un germicide efficace (spectre germicide très large, persistant dans l’entaille et ne laissant aucun résidu mesurable dans le sirop alors que les résidus dans l’eau d’érable ont été concentré plus de 40 fois lors de l’évaporation.)

On a par ailleurs démontrer que l’utilisation d’alcool éthylique (70% vol.) au moment de l’entaillage pour désinfecter la mèche, le chalumeau ainsi que le bois dans et au voisinage de l’entaille avait certains effets positifs sans toutefois être un substitut parfait à la PFD.

2. La situation

Les autorités fédérales maintiennent le retrait de l’homologation de la PFD et effectuent annuellement certaines saisies de sirop et de stock de PFD. (enquêtes de routines ou dénonciation). Elles reconnaissent toutefois être incapables d’effectuer un contrôle hermétique du commerce et de l’utilisation illicite de comprimés de PFD alors qu’une demande encore très forte des acériculteurs ne peut faire autrement qu’encourager la mise en place de réseaux "  au noir "  pour un tel produit.

Plusieurs acériculteurs refusent cependant le risque associé à l’utilisation d’un germicide non homologué et veulent utiliser l’alcool éthylique. Le seul fournisseur pour un tel produit demeure la Société des Alcools du Québec (SAQ). Dans le passé, la SAQ avait accepté, sur des bases restreintes et dans le cadre d’ententes spécifiques, de vendre certaines quantités d’alcool non dénaturé avec une certaine franchise des droits (taxes et accises) normalement exigibles. L’ampleur de la demande, les volumes requis et surtout, l’impossibilité d’effectuer un contrôle quelconque quant à l’utilisation réelle de cet alcool font que la SAQ est de plus en plus réticente (et c’est un euphémisme) à s’engager dans ce type de dérogation.

Il existe sur le marcher une bonne centaine d’alcools industriels (alcool éthylique dénaturé). Pour être utilisé comme germicide dans l’entaille, ces produits requièrent cependant une homologation. À ma connaissance, aucune demande d’homologation n’avait été traitée par les autorités fédérales compétentes pour ce type de produit et pour ce type d’utilisation.

3. Les solutions

Que les autorités fédérales compétentes acceptent d’homologuer à nouveau les produit de PFD;

Il s’agit bien évidemment d’un dossier de compétences fédérale;

Il leur faudrait étudier une demande d’un industriel capable de manufacturer et de distribuer correctement un tel produit. À ma connaissance, ils n’ont pas reçu à ce jour une telle demande. D’autre part, si elle leur était faite aujourd’hui, un produit de PFD correctement homologué ne pourrait pas être disponible pour la prochaine saison de production (l’entaillage est déjà en cours dans les grandes érablières)

Les pressions pour refuser une telle demande serait par ailleurs très fortes en raison de la mauvaise presse qui entoure la PFD et les effets négatifs relativement à l’image (produits pur et naturel) qu’on tente de préserver pour les produits acéricoles.(vulnérabilité des marchés d’exportation)

Que les acériculteurs utilisent un alcool industriel ou dénaturé qui serait moins coûteux que celui vendu par la SAQ;

Cette solution est illégale voire même dangereuse aujourd’hui.

Pour être utilisé comme agent désinfectant et a fotiori, en contact avec un produit alimentaire, un tel alcool industriel doit être homologué. En effet, l’agent utilisé pour dénaturer l’alcool peut présenter des dangers importants aussi bien pour l’utilisateur que pour les consommateurs du sirop dans lequel se seraient concentrés d’éventuels résidus.

Il serait cependant facile pour une entreprise commerciale d’obtenir une telle homologation si l’agent de dénaturation étaient tout à fait inoffensif tout en rendant impossible l’utilisation de cet alcool pour d’autres fins que la désinfection de l’entaille!!! Il est étonnant qu’aucune entreprise n’ait, à ma connaissance du moins, fait des démarches en ce sens au cours de la dernière année. Le Centre ACER avait cependant offert sa collaboration pour assister quiconque voudrait entreprendre ce processus d’homologation et diminuer de cette façon la problématique associée à la PFD.

Que les acériculteurs utilisent un alcool acheté "  régulièrement "  dans les magasins de la SAQ;

C’est à ce moment la seule solution possible;

Cette solution est cependant très coûteuse. Aussi, même si la désinfection à l’alcool de l’entaille demeure une excellente pratique en terme d’image de propreté, de soins apportés par le producteur à ses arbres...., j’hésiterais à en faire la recommandation en raison d’un rapport bénéfices/coûts qui ne me semble pas favorable au producteur.

4. Conditions d’utilisation de l’alcool éthylique

Pour obtenir une pouvoir désinfectant maximum de l’alcool éthylique, celle-ci doit avoir une concentration (% vol.) de l’ordre de 70%. À partir d’un alcool normalement disponible dans les magasins de la SAQ et qui est à 94%, on doit utiliser trois (3) volumes d’alcool pour un volume d’eau pour obtenir quatre volumes d’alcool à 70.2%.

Ex. Soit un volume commercial de 40 onces Imp ou 1135 ml. Alors,

Conc. (%) = (3 x .94 x 1135) + (1 x 0.00 x 1135)) / (4 x 1135)
Conc. (%) = 70,5 %

Une infinité de procédures peuvent être utilisées pour assurer la désinfection du chalumeau et de la blessure après entaillage. Il faut cependant se méfier des techniques permettant le trempage du chalumeau dans un bain d’alcool puisque l’eau souvent présente dans une partie de la chute risque de diluer rapidement la concentration de l’alcool et la rendre inefficace. Sans être la seule méthode recommandable, celle consistant à asperger jusqu’à ruissellement le chalumeau et à pulvériser

 

Gaston B. Allard ing., agr.
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